Agnès fronça les sourcils.

— Ta directrice financière ?

Élise ouvrit son téléphone.

Elle montra la première photo de Monaco.

Puis une seconde reçue entre-temps.

Nicolas et Diane s’embrassaient sur une terrasse.

Agnès porta une main à sa bouche.

— Tu étais avec elle pendant que papa était aux urgences ?

— Nous avions une réunion.

— Élise t’avait appelé.

— Je pensais que ce n’était pas aussi grave.

Élise lança alors l’enregistrement de leur conversation.

Sa voix annonçait clairement l’AVC massif.

Puis celle de Nicolas :

« S’il arrive quelque chose d’irréversible, rappelle-moi demain. »

Agnès éclata en sanglots.

— Papa demandait après toi.

Nicolas se défendit.

— Élise m’appelait constamment pour son oxygène, ses rendez-vous, ses petites alertes. Je ne savais plus ce qui était vraiment urgent.

Maître Vignal sortit le dossier hospitalier.

— Le neurologue vous a appelé personnellement 35 minutes plus tard.

Nicolas se figea.

— Vous lui avez dit que vous étiez à Genève et que vous feriez votre possible pour revenir.

Agnès le regarda avec horreur.

— Tu as aussi menti sur l’endroit où tu étais ?

Nicolas ne répondit pas.

— Et pour l’enterrement ?

— Je n’avais pas de solution de transport.

— Il y avait des trains.

— J’avais paniqué.

Élise parla enfin.

— Non. Tu avais choisi.

Nicolas se retourna vers elle.

— Et toi, qu’est-ce que tu veux maintenant ? Que tout le monde t’applaudisse parce que tu t’occupais d’un homme malade ? Tu savais peut-être déjà qu’il te laisserait ses biens.

Pendant 19 ans, ce genre d’accusation aurait obligé Élise à se justifier.

Cette fois, elle ne dit rien.

Maître Vignal sortit une lettre.

— Paul avait prévu que vous diriez cela.

La lettre était adressée à Nicolas.

Il refusa de la prendre.

La notaire commença donc à lire.

Paul rappelait qu’Élise s’était occupée de lui lorsqu’elle croyait encore que tout son patrimoine reviendrait naturellement à ses enfants.

Elle avait passé 12 nuits sur une chaise après une hospitalisation pulmonaire.

Nicolas habitait alors dans le même appartement.

Pourtant, il trouvait chaque soir une réunion plus importante.

Puis venait une phrase :

« Tu as réussi à convaincre Élise que perdre son salaire signifiait qu’elle ne travaillait plus, alors qu’elle portait ton foyer, ton père et une partie de ton entreprise. »

Nicolas baissa les yeux.

Paul écrivait ensuite qu’un parent pouvait aimer son enfant sans continuer à financer ses erreurs.

Il ne voulait pas punir Nicolas.

Il voulait seulement empêcher son argent de devenir une nouvelle cachette pour ses mensonges.

La dernière partie concernait sa santé.

« Si un jour Élise t’appelle en te disant que mon état est grave, tu auras un choix. Si tu préfères un dîner, un contrat ou une autre personne, ne transforme pas ensuite ce choix en faute de quelqu’un d’autre. »

Nicolas murmura :

— Il ne pouvait pas savoir ce qui allait arriver.

Élise répondit :

— Il ne savait pas quand. Il savait seulement comment tu réagissais depuis des années.

La sonnette retentit.

Laurent ouvrit.

Une responsable de la banque entra avec 2 auditeurs.

Nicolas se leva brusquement.

— Qu’est-ce qu’ils font ici ?

Laurent répondit :

— Le conseil s’est réuni hier soir.

L’un des auditeurs remit une notification à Nicolas.

Il était suspendu provisoirement de ses fonctions.

Les comptes des 30 derniers mois seraient examinés.

Les paiements à DK Stratégie seraient analysés.

La demande de prêt portant la signature de Paul serait transmise au service juridique.

Nicolas tenta encore :

— Diane possède tous les justificatifs.

L’auditeur ouvrit une autre chemise.

— Mme Keller a déjà fait une déclaration par l’intermédiaire de son avocate.

Pour la première fois, Nicolas sembla réellement avoir peur.

Diane reconnaissait avoir créé plusieurs factures fictives sur instruction de Nicolas.

Elle avait remis des messages dans lesquels il lui promettait une participation dans l’entreprise lorsque les biens de Paul seraient disponibles.

Nicolas l’appela.

Pas de réponse.

Il recommença.

Son numéro était bloqué.

La femme pour laquelle il avait abandonné le chevet de son père venait de choisir de se sauver elle-même.

Élise n’en ressentit aucune joie.

Elle voyait seulement Nicolas découvrir une réalité simple.

Pendant des années, il avait cru que quelqu’un réparerait toujours les conséquences.

Élise s’occuperait de son père.

Laurent trouverait de nouveaux financements.

Agnès défendrait son frère.

Diane cacherait les chiffres.

Paul finirait par céder.

Cette fois, personne ne le faisait.

Agnès se leva.

Elle regarda Élise.

— Après l’enterrement, je t’ai accusée.

— Tu venais de perdre ton père.

— Ce n’est pas une excuse.

Élise accepta ses paroles sans prétendre que tout était oublié.

Peu à peu, les autres quittèrent le salon.

Il ne resta plus que Nicolas, Élise et Maître Vignal.

Nicolas s’effondra sur une chaise.

— On peut arranger ça.

— Quoi ?