— Commençons par ça.
Laurent prit le document.
— 1 920 000 euros ?
— Un financement temporaire, répondit Nicolas.
— Avec les immeubles de ton père comme garantie ?
— Il était d’accord.
Maître Vignal intervint.
— Non.
Nicolas se tourna vers elle.
— Mon père était malade. Il oubliait des choses.
— Paul a fait évaluer ses capacités par 2 médecins indépendants 7 mois avant son AVC. Elles étaient intactes.
— Élise l’a influencé.
La notaire ouvrit un dossier.
— C’est Paul lui-même qui a demandé ces évaluations parce qu’il craignait précisément que vous utilisiez un jour son état de santé pour contester ses décisions.
Agnès pâlit.
Puis Maître Vignal présenta les statuts du fonds.
Paul avait transféré plusieurs biens dans une structure destinée à financer des solutions de répit pour les proches aidants.
Élise n’en était pas propriétaire.
Elle en devenait administratrice.
— Papa lui a donné tout ça ? s’indigna Agnès.
— Non. Il lui a confié la gestion. Elle ne peut pas utiliser ces biens pour s’enrichir personnellement.
Nicolas frappa la table.
— Je suis son fils !
— Et votre père a changé ses dispositions après avoir découvert cette demande de prêt.
Laurent observait déjà les documents.
— Pourquoi le conseil d’administration n’a jamais vu ce financement ?
Nicolas répondit vaguement.
— Parce qu’il n’était pas finalisé.
— Et les pertes sur le programme de Cassis ?
Silence.
— Et celles de Montpellier ?
Nicolas serra la mâchoire.
Élise posa plusieurs tableaux sur la table.
Pendant près de 2 ans, Nicolas avait dissimulé les difficultés financières de plusieurs programmes immobiliers.
Il retardait le paiement de certains fournisseurs et utilisait les avances de nouveaux projets pour couvrir les pertes des précédents.
Le déficit réel dépassait 3 600 000 euros.
Le prêt garanti par les biens de Paul devait seulement retarder l’effondrement.
— Toutes les sociétés connaissent des périodes difficiles, protesta Nicolas.
— Toutes les sociétés ne falsifient pas la signature du père du dirigeant, répondit Élise.
— Tu n’es pas experte.
Élise pointa la date du document.
— 8 avril.
Agnès regarda immédiatement son frère.
Cette date lui était familière.
Paul était alors hospitalisé après une chute.
Son poignet droit avait été immobilisé.
— Papa ne pouvait même pas couper sa nourriture ce jour-là, murmura-t-elle.
Nicolas tenta de se reprendre.
— Il m’avait donné son accord avant.
Maître Vignal sortit alors un courriel.
Paul y écrivait clairement à son conseiller financier :
« Je refuse que mes biens personnels servent à garantir les dettes professionnelles de Nicolas. »
Plus personne ne parla.
Élise sortit ensuite un petit enregistreur.
— Paul savait que vous essaieriez de prétendre qu’il ne comprenait plus ce qu’il faisait.
Nicolas se leva.
— Ça suffit.
Laurent se plaça devant lui.
Élise lança l’enregistrement.
La voix faible de Paul résonna dans le salon.
Il racontait que Nicolas réclamait depuis plusieurs mois les actes de propriété.
Il expliquait que son fils lui avait plusieurs fois répété que ces biens lui appartiendraient tôt ou tard.
Puis Paul parla d’Élise.
Il raconta qu’elle avait pris soin de lui bien avant de connaître la valeur exacte de son patrimoine.
Elle avait passé des nuits dans des chambres d’hôpital.
Elle avait appris à utiliser son concentrateur d’oxygène.
Elle l’accompagnait en rééducation.
Elle préparait ses médicaments.
Et pendant tout ce temps, Nicolas répétait qu’il était « trop occupé ».
Paul révéla ensuite quelque chose qu’Élise n’avait jamais raconté à Laurent.
Une grande partie des projets qui avaient bâti la réputation de Nicolas avait été conçue par elle.
Organisation des espaces.
Choix des matériaux.
Accessibilité pour les personnes âgées.
Conception des appartements témoins.
Aménagement des parties communes.
Laurent se tourna vers Élise.
— C’est vrai ?
Elle acquiesça.
Avant que Paul ne perde son autonomie, elle dirigeait un studio de décoration avec 6 salariés.
Au début, elle avait seulement réduit ses horaires.
Puis Nicolas avait demandé :
— Tu pourrais regarder rapidement ce plan ?
Le « regard rapide » devenait une journée.
Puis une semaine.
Puis un projet entier.
Les brochures sortaient pourtant avec le seul nom de la société de Nicolas.
Lorsque Paul avait eu besoin d’aide permanente, Élise avait fermé son studio.
Nicolas lui avait expliqué que cela ne changeait rien.
— Mon salaire est notre salaire.
Mais peu à peu, cette phrase avait pris un autre sens.
Elle n’avait plus de revenus personnels.
Plus de clientèle.
Plus de visibilité professionnelle.
Et Nicolas appelait cela « dépendre de lui ».
Laurent fixa son associé.
— Tu utilisais réellement ses projets sans la créditer ?
— Nous étions mariés.
— Ce n’était pas ma question.
Nicolas détourna le regard.
Maître Vignal posa ensuite les relevés d’une société appelée DK Stratégie.
510 000 euros avaient été versés pour du conseil financier et des études marketing.
La gérante était Diane Keller.
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